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ACTUALITÉ LOMME - LAMBERSART

« Lorsque les terroristes cagoulés et les otages sont montés dans l’hélicoptère, j’étais à 30 mètres d’eux »

dimanche 06.03.2011, 05:14 - La Voix du Nord

| • LE VISAGE DU DIMANCHE YVES LANGLOIS L’ANCIEN |

Il était sans doute l’un des meilleurs joueurs de son époque à l’Iris hockey Lambersart voire au-delà. Yves Langlois, 61 ans, a raccroché le maillot dans les années 90, après avoir joué sept ans en équipe de France et participé notamment à une Coupe du monde et aux Jeux olympiques de 1972, à Munich. Une année marquée par la sanglante prise d’otages d’athlètes Israéliens.

PAR ÉLODIE BARTOLIC

lambersart@lavoixdunord.fr

Il a l’oeil qui pétille, Yves Langlois lorsqu’il parle du hockey, sa passion. Bien qu’il ait arrêté depuis une vingtaine d’années en tant que joueur, il a toujours les crampons accrochés au stade Guy-Lefort de Lambersart.

L’homme est pratiquement né avec une crosse dans la main. Il faut dire que son père, Henri Langlois, a été l’un des piliers de l’Iris hockey Lambersart.

Aujourd’hui, devenu un club incontournable de la région, le deuxième en taille après celui de Lille. « Lorsqu’il jouait, mon père m’emmenait regarder le match dans les gradins. » Mordu lui aussi par le jeu, il enfile le maillot de l’Iris à l’âge de sept ans. Poussin, benjamin, minime, cadet, junior... il a gravi les échelons. Au collège de Marcq, avec ses copains, il fait partie d’une équipe de hockey. « Nous avions un terrain de hockey à disposition. Nous jouions tous les midis ».

Un jour, lui qui cumulait les deux casquettes, celle de l’Iris et de Marcq, a dû affronter ses camarades de classe. « L’entraîneur du collège, qui était aussi l’un de mes profs, a été surpris de me voir avec le maillot adverse. Le lundi, vexé, il m’a renvoyé de son cours », se souvient-il, esquissant un sourire moqueur. Au pied du mur, il a dû faire un choix. Pendant trois ans, il porte les couleurs du collège de Marcq.

Au lycée, il revient à ses premières amours, l’Iris, et se fait rapidement « repérer ». Si bien qu’à 18 ans, il dispute son premier match en équipe de France junior.

Deux ans plus tard, il entre en équipe de France, joue le championnat d’Europe de hockey sur gazon à Bruxelles et décroche la quatrième place. « On s’est retrouvé en demi-finale contre l’Allemagne. Les Allemands ont gagné. On s’est pris un but stupide », dit-il avec regrets.

D’office, l’équipe de France de hockey se qualifie pour la Coupe du monde de Barcelone (1971) et les Jeux olympiques (1972). « Depuis, l’équipe de France de hockey n’a jamais joué à un si haut niveau. »

Le massacre de Munich

En 1972, Yves Langlois se rend avec l’équipe de France de hockey aux Jeux olympiques d’été de Munich. Il était alors loin d’imaginer qu’il allait être témoin d’une prise d’otages. Du début de la compétition, il garde un souvenir mémorable. « C’était spectaculaire. L’Allemagne, qui avait fait les choses en grand, souhaitait effacer des mémoires le souvenir de la propagande nazie des jeux de 1936 ». Impressionné , il l’était. « Chaque matin on recevait le programme des matchs dans notre chambre. En tant que compétiteurs, on avait accès à toutes les épreuves. Parfois on se disait "mince on ne pourra pas aller voir ce match, on est sur le terrain". » Il se souvient notamment avoir vu Guy Drut remporter la deuxième place au 100 mètres haie.

En marge de ces épreuves sportives, ces JO ont été marqués par la prise d’otages d’athlètes israéliens par un groupe armé palestinien, du mouvement Septembre noir. « Lorsque les terroristes cagoulés et les otages sont montés dans l’hélicoptère, j’étais à trente mètres d’eux. Nous étions encerclés par des tireurs d’élite. Les jeux ont été suspendus pendant un jour en mémoire des victimes. » Cette année-là, la France est arrivée douzième.

Avec l’équipe de France, il a participé à plusieurs tournois en Inde. « Les Indiens étaient les plus forts. Je me souviens avoir vu, lors d’un déplacement, un enfant qui jouait au hockey avec une branche d’arbre en guise de crosse et une balle en chiffon. C’était le sport national. » Après sept ans de bons et loyaux services, le hockeyeur « démissionne » de l’équipe de France en 1977. « Il fallait que je me mette à travailler ! »

A la mort de son père, il reprend l’entreprise familiale, spécialisée dans la mécanique industrielle. Mais le Lillois n’a pas arrêté le hockey pour autant, « Je jouais une à deux fois par semaine à l’Iris. » Yves a rencontré sa femme sur le terrain et a initié ses deux fils. « Je les ai coachés pendant cinq ans. » De l’IHL, il se souvient particulièrement des parties de plaisir avec ses coéquipiers, du tournoi international au Touquet mis sur pied chaque année et du Téléthon. « Dans les années 90, le club a organisé un Téléthon, 24 heures de hockey en salle non-stop. C’était du jamais vu. Nous avons collecté 30 000 F. C’était tellement réussi que le maire, Marc-Philippe Daubresse, voulait qu’on s’en charge chaque année. »

Avant de nous rencontrer, le sportif a ressorti de ses cartons maillots et photos d’époque. Des souvenirs qu’il partagera par le biais d’une exposition au mois de mai organisée par l’Iris hockey Lambersart, à l’occasion des 70 ans du club. •